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Iperiber : Gault & Millau en est déjà toqué ! Grignoter

Déjà éculé du temps des anciens Grecs, un dicton obsolète affirme : « dans une auberge espagnole, on trouve ce que l’on y apporte ». Ceci explique-t-il la rareté des bonnes tables espagnoles à Paris ? Désormais, grâce à IPERIBER, cette lacune est d’autant mieux comblée qu’Hugues Chapal, son patron et franco-ibère lui-même, sélectionne le nec plus ultra de la gastronomie péninsulaire à l’intention de ses hôtes Autant dire que le porc Bellota, hidalgo de l’espèce porcine, trône en majesté sur sa carte. En entrée, on sert son jambon après un affinage de 58 mois. La longue maturation exalte la saveur rustique et sauvage que la consommation de glands a donné à sa chair. Cette haute qualité se retrouve dans toutes les salaisons proposées par la maison qu’il s’agisse du chorizo ou de la Txistorra , saucisse pimentée du pays basque. Tout comme Lyon est en France la capitale des gourmets, le pays basque occupe en Espagne la première place pour la bonne table.

C’est justement à San Sebastian à la célèbre école hôtelière Luis Irizar qu’Hugues Chapal est allé dénicher son chef de charme, Gloria Fernandez Lago. Tout comme le Cid, elle démontre que « la valeur n’attend pas le nombre des années » car à 29 ans, elle unit créativité et précision. Ses chipirones à l’encre sont parfaits de rondeur et d’onctuosité et elle marie à merveille compotes d’oignons et de piments aux crevettes de Biscaye. Sa fideuà marinière propose des pâtes cuisinées façon paëlla et sous une brise d’aïoli force 4 résument toutes les saveurs de la Méditerranée. Frugale en vins au verre, la carte devient intéressante à la bouteille. On y rencontre un Grand d’Espagne, le Marqués de Riscal, venu de sa prestigieuse Rioja. Mais des collines de la Mancha, Don Quichotte nous salue aussi, une bouteille de Fontal Crianza à la main !

Restaurant Iperiber 46 Rue de Montmorency 75003 Paris. Réservation / Tel :01 42 72 18 10 Ouvert du mardi au vendredi de midi à 14h00 et de 20h00 à 22h30, et le samedi de 19h30 à 22h30.

« Pour Grothendieck, l’urgence écologique était devenue plus importante que les maths » Feuilleter

Alexandre Grothendieck

L’ interview de Christian Escriva, qui fut pendant dix ans l’ami et le confident d’Alexandre Grothendieck, avant que le génial mathématicien ne trépasse à Lasserre, le petit village où il a vécu seul les vingt-trois dernières années de sa vie. Son témoignage éclaire d’un jour nouveau le mythe qu’est devenu Grothendieck.

Présenté dans les médias comme le « plus grand mathématicien du XXe siècle », Alexandre Grothendieck est décédé jeudi 13 novembre à l’hôpital de Saint-Girons (Ariège) à l’âge de 86 ans. Une cérémonie aura lieu ce lundi à sa mémoire, dans un lieu d’Ariège tenu secret en accord avec ses dernières volontés.

Le nom du génial scientifique ne disait sans doute rien à Rémi Fraisse, mais dans sa retraite de Lasserre, petit village des Pyrénées où il vivait depuis vingt ans, Alexandre Grothendieck a dû se sentir proche du jeune militant écologiste comme il devait se sentir en affinité avec les zadistes de Sivens ou de Notre-Dame-des-Landes.

Le nom de ce grand mathématicien atypique restera en effet à jamais associé à la naissance de l’écologie politique comme l’a opportunément rappelé la parution de Survivre et vivre. Critique de la science, naissance de l’écologie, auquel Reporterre a consacré un article en avril dernier. Survivre et vivre connut de 1970 à 1975 plus qu’un succès d’estime – le tirage de la revue a atteint douze mille exemplaires.

Dès le premier numéro paru en août 1970, Alexandre Grothendiek y affiche sa radicalité. Il dénonce le fait que « les savants poursuivent trop souvent leurs travaux sans souci des applications qui peuvent être faites, qu’elles soient utiles ou nuisibles, et de l’influence qu’ils peuvent avoir sur la vie quotidienne et l’avenir des hommes ». De l’homme lui-même le livre parle très peu. Alexandre Grothendieck était en effet quelqu’un d’énigmatique qui vivait en ermite.

Quel personnage étonnant pourtant que ce génie de la géométrie algébrique né en 1928 à Berlin d’un père anarchiste russe et d’une mère allemande socialiste révolutionnaire qui, lorsqu’ils quittent l’Allemagne en 1933 pour aller se battre aux côtés des républicains espagnols le confie à un pasteur du Sud de la France. Lauréat en 1966 de la médaille Fields, le prix Nobel des mathématiques, il le refusa pour des raisons politiques et utilisa surtout comme tribune son poste au Collège de France.

Réalisées en un temps très court, ses découvertes inspirent encore les mathématiciens. Lui s’est retiré brusquement de la communauté scientifique et de ses institutions en 1971 pour couler en accord avec ses convictions des jours que l’on espère paisibles. Il refusait tout contact avec les medias mais raconte sa vie dans Récoltes et Semailles, un texte autobiographique disponible sur Internet.

Reporterre a eu la chance de rencontrer samedi Christian Escriva. Aujourd’hui producteur de plantes médicinales dans les Alpes, Christian Escriva a fait des études universitaires de physique théorique, puis de philosophie et de psychanalyse. Il fut le confident et l’ami de l’illustre mathématicien qu’il rencontra à la faculté de Montpellier où celui-ci venait d’être nommé après son départ de l’IHES (Institut des Hautes Etudes Scientifiques) et son éviction du Collège de France, jusqu’à son départ pour Lasserre.

Christian Escriva a connu les différents lieux que fréquenta Alexandre Grothendieck vers Lodève, vers Gordes (où il habita dans la maison de l’ethnologue Robert Jaulin) et vers Mormoiron, dans le Vaucluse. Il l’a revu il y a quinze jours, en Ariège, alerté de l’aggravation de son état de santé par l’un des cinq enfants qu’Alexandre Grothendieck eut de trois femmes différentes.

- Christian Escriva -

Son témoignage apporte un éclairage particulier et personnel sur le génial mathématicien qui fut une personnalité originale préoccupée par l’urgence écologique et engagée dans une démarche intérieure tournée vers la spiritualité et la méditation.

Reporterre - Où et comment avez vous connu Alexandre Grothendieck ?

Christian Escriva - J’ai connu Alexandre Grothendieck en 1973 alors qu’il venait d’être nommé professeur à l’Université de Montpellier. J’étais à l’époque étudiant en mathématiques en troisième année. Il n’a pas été mon professeur mais j’ai assisté à plusieurs de ses cours, il enseignait alors en deuxième année d’université.

Quel genre de professeur était ce ?

Alexandre Grothendieck était un professeur passionné et atypique. Il était animé d’un feu particulier et ses méthodes pédagogiques peu conventionnelles n’étaient pas toujours appréciées de ses collègues. Voici une anecdote qu’il m’a racontée à ce sujet : pour un examen il avait demandé à ses étudiants de venir avec du papier bristol, une paire de ciseaux, de la colle et des feutres. Il leur demanda de réaliser un polyèdre et d’en colorier les arêtes d’une certaine manière : un problème de théorie des groupes ! Tous ses étudiants eurent une excellente note.

Lors de la réunion pédagogique qui suivit, les autres professeurs lui reprochèrent ces résultats trop brillants à leurs yeux. L’un d’eux dit : « Les étudiants ne sont quand même pas là pour s’amuser ! » Alexandre rétorqua : « Ah bon ? Moi cela fait trente ans que je fais des mathématiques et je n’ai jamais cessé de m’amuser ».

Un mot sur le mathématicien qu’il a été.

On le dit « plus grand mathématicien du monde » mais je laisse à ses pairs mathématiciens le soin d’en parler. L’histoire la plus connue à ce sujet est celle des « 14 problèmes ». Alexandre Grothendieck était encore un jeune mathématicien lorsqu’il fut recommandé à Laurent Schwartz et Jean Dieudonné. Les deux mathématiciens lui confièrent une liste de quatorze problèmes en lui demandant d’en retenir un comme sujet de thèse. Quelques mois plus tard, il revint les voir en ayant tout résolu !

Alexandre me dit un jour qu’en somme il accomplissait en une semaine ce qu’un mathématicien normal et assez doué mettait une année à accomplir ! Il était capable de travailler dans une tension intellectuelle phénoménale !

Comment vivait-t-il cette capacité hors norme ?

Très simplement. Il en parlait en toute modestie, cela le faisait même parfois rire. Mais selon certains mathématiciens qui l’ont connu (et je le pense aussi) lorsqu’il était à l’IHES (Institut des Hautes Études Scientifiques), la tension intellectuelle dans laquelle il travaillait, difficilement soutenable pendant une très longue période, est l’une des raisons pour lesquelles il mit fin à sa carrière « officielle » de mathématicien. On dirait aujourd’hui de manière un peu triviale qu’il a « craqué ». Mais ce n’est qu’un facteur parmi d’autres : il y a selon moi des raisons bien plus profondes

Qu’est-il arrivé pour qu’il change ainsi complètement de vie en 1970 ?

Il y a d’abord, c’est indéniable et c’est l’élément le plus souvent mis en avant, l’antimilitarisme d’Alexandre Grothendieck. Il a toujours eu à ce sujet des positions extrêmement fortes et claires qui lui venaient de son enfance. En 1970, il apprit que l’IHES était en partie financé par les militaires et cela a été un raz de marée pour lui. Il me dit un jour qu’il comprit qu’en somme les scientifiques se prostituaient pour les militaires ! Mais la proportion de financement militaire du budget de l’IHES était en fait minime. Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut aborder un aspect plus profond de sa personnalité.

C’est-à-dire ?

Alexandre avait pris conscience aux Etats-Unis de l’urgence écologique ; il y avait donné une série de conférences après avoir obtenu la médaille Fields en 1966. Ceci l’amena à créer en 1970 avec deux autres mathématiciens, Claude Chevalley et Pierre Samuel, le groupe Survivre et Vivre, pacifiste, écologique et très marqué par le mouvement hippie. Alexandre collabora étroitement à Survivre et Vivre jusqu’en 1973 avant de prendre du recul et de s’engager dans une recherche spirituelle, tout en estimant que la situation écologique était décidément dramatique .

- Une réunion de rédaction à Survivre et vivre -.

Pouvez vous en dire plus ?

Alexandre était revenu des Etats-Unis imprégné entre autres des thèses spirituelles du médecin-poète américain R.M. Bucke, auteur de l’ouvrage Cosmic consciousness (Conscience cosmique), qui n’est pas traduit en français à ma connaissance. Nous avons souvent et longuement réfléchi sur les idées exprimées dans cet ouvrage dans lequel, pour le dire très vite, Bucke développe la thèse selon laquelle l’humanité est appelée à muter et les hommes à atteindre des niveaux de conscience particuliers, comme l’ont fait notamment Shakespeare, Spinoza, Socrate, D-H Thoreau ou encore Walt Whitman, qu’il évoque dans le livre.

Alexandre avait également un immense intérêt pour Krishnamurti, Gandhi, la Bhagavad Gîta, le Tao Te King... C’est dire qu’Alexandre Grothendieck a quitté ce monde scientifique, dans lequel il avait toute sécurité matérielle et reconnaissance pour différentes raisons. Pendant les années où je l’ai régulièrement fréquenté, entre 1973 et 1983, l’essentiel de son énergie était absorbée par cette recherche intérieure.

Quelle était sa vie à l’époque ?

Ces années ont été des années d’ouverture sur le monde. Alexandre Grothendieck a été professeur à l’Université de Montpellier jusqu’en 1988. Il habitait Villecun, un petit village au dessus de Lodève jusqu’au début des années 80, dans une maison où il vivait ce qu’on appellerait aujourd’hui la décroissance. Sur ce point là aussi, quand on y pense, il était précurseur.

Comment cela se passait-il ?

J’ai bien connu cette maison car il m’est arrivé d’y passer des semaines entières avec lui. Il vivait très simplement en faisant attention à tout ce qu’il mangeait : il était particulièrement sensible à la qualité " bio " de la nourriture, sans être absolument végétarien. La maison était alimentée en électricité qu’il n’utilisait quasiment pas, sauf peut-être pour faire fonctionner une perceuse ! Alexandre s’éclairait à la bougie et à la lampe à pétrole ; la cuisinière et le chauffage étaient au bois. Il faisait lui-même son bois et ses courses, une fois par semaine. Il avait encore une voiture, on la qualifierait aujourd’hui d’épave !

Etait-t-il impliqué dans des mouvements ? Voyait-il beaucoup de monde ?

Non, il n’était plus impliqué dans le militantisme écologique mais c’était une période d’ouverture pendant laquelle il voyait, non pas énormément de monde, mais beaucoup de gens tout de même. Alexandre était exceptionnellement communicatif et pouvait parler des heures et des heures d’affilée. Le mouvement Survivre et Vivre avait imaginé le concept de « dissidence » selon lequel il fallait quitter les grandes villes, vivre dans la nature et expérimenter de nouveaux modes de vie.

Il vivait cela. Il avait créé une association qui avait acheté des terrains sur lesquels des personnes s’étaient installées. A Paris, ses velléités communautaires avaient vite tourné court. Alexandre avait au fond un tempérament très solitaire et il était sans doute difficile de vivre avec un être tel que lui.

Que s’est-il passé ensuite ?

La période pendant laquelle il a vécu à Villecun a été une période pendant laquelle il a été selon moi heureux. Il a habité ensuite peu de temps dans la maison de son ami l’anthropologue Robert Jaulin, près de Gordes. Puis il a vécu pendant quelques années dans une autre maison près de Mormoiron, toujours dans le Vaucluse, qu’il a quittée pour s’installer à Lasserre, dans l’Ariège en 1991, à 63 ans donc. A partir de cette époque, il n’a plus voulu voir personne, ni ses amis ni sa famille. Cela a été une volonté délibérée et comme à son habitude, sans faille.

Vous-même ne l’avez donc plus revu ?

Non. Les lettres que je lui ai adressées sont toutes revenues avec la mention « retour à l’envoyeur ». Alexandre a continué à vivre dans un esprit de décroissance. Il n’avait plus de voiture, son téléphone était sur liste rouge et il avait tout organisé pour avoir le moins de contacts possible. Il s’était arrangé pour que quelqu’un lui fasse ses courses et évitait d’être en contact même avec le facteur. Il avait imaginé un système de pince à linge pour être prévenu quand il avait du courrier !

Comment pensez-vous qu’il a vécu cette période ?

A mes yeux, et ayant eu avec lui une relation très amicale et très proche , je sais qu’il avait pris la décision de vivre la dernière partie de sa vie dans la solitude et la méditation. Il a fait ce choix d’une manière libre et consciente. Vu de l’extérieur, ceci pourrait apparaître comme une forme de folie. Mais je sais qu’Alexandre a toujours été dans ce qu’on nommerait communément "la démesure". Il me disait régulièrement qu’au fond il s’accommoderait bien d’être emprisonné : en prison, disait-il, il aurait toute latitude pour méditer !

La lecture du texte autobiographique Récoltes et semailles qu’il a écrit en 1988 alors qu’il habitait encore Mormoiron et qui est à mon avis impubliable, laisse à penser qu’il vivait dans une sorte d’amertume, voire d’aigreur. Il se plaint beaucoup dans ce texte que ses idées ont été « pillées » à partir du moment où il a quitté la scène des mathématiques. Mais ceci n’est qu’un aspect de ses dispositions intérieures.

A-t-il continué ses travaux de mathématicien ?

Selon les très rares témoignages que j’ai pu avoir, oui. Il aurait notamment refait les calculs des grands cosmophysiciens sur les différents modèles d’univers. Alexandre ne pouvait s’empêcher de faire des mathématiques, c’était une seconde nature chez lui. Alexandre vivait entouré de plantes. Je pense que sa recherche intérieure et son inquiétude pour la situation écologique avaient pris chez lui le pas sur toute autre chose.

Il me disait souvent que s’il avait 25 ans aujourd’hui, la préoccupation de travailler sur cette situation dramatique que nous vivons sur le plan écologique aurait absorbé l’essentiel de son énergie : il ne se serait, me disait-il, certainement pas consacré aux mathématiques !

- Propos recueillis par mon ami Philippe Desfilhes

« BiT » de Maguy Marin : Farandole sous tension à voir d’urgence auThéâtre de la Ville. Djemilove

Des voix, des visages, des corps émergeant d’une pâte obscure, mus par une tension intérieure qui met en vibration tout l’espace. Depuis plus de 30 ans, l’œuvre chorégraphique de Maguy Marin trace un « chemin qui marche » (Paul Klee), avec une persévérance qui pourrait faire sienne les mots de Samuel Beckett : « Essayer encore. Rater encore. Rater mieux ». Chez elle, la danse n’est jamais un état donné, mais le résultat d’un arrachement, d’une lutte avec et contre l’informe. De May B à Cap au pire en passant par Description d’un combat, elle compose une danse ouverte au théâtre, à la musique, où la langue travaille la chair, la malaxe ou la propulse au gré de ses scansions et de ses images. Pour cette nouvelle création, elle reprend une question fondamentale – celle du rythme – et la remet sur l’ouvrage à partir d’une citation du linguiste Émile Benveniste : « Le rythme c’est la forme dans l’instant qu’elle est assumée par ce qui est mouvant, mobile, fluide, c’est la forme improvisée, momentanée, modifiable ». Plutôt qu’une cadence, le rythme serait une musicalité des corps dans l’espace, une mesure inquantifiable qui précède toute volonté, un ensemble de traits imperceptibles qui « signent une manière d’être avec le temps ». Afin d’enserrer quelque chose de ce flux, Maguy Marin est partie d’un travail aussi bien intérieur que spatial au cours duquel se conjuguent des devenirs, résonnent leurs accords, leurs déroutes. Un vaste mouvement de vitesses, de lenteurs, de saccades, d’intensités entrecroisées posant l’empreinte d’une possible co-existence – où l’on peut entendre en écho ces mots de Henri Meschonnic : « Parlant du rythme, c’est de vous que je parle, c’est vous qui parlez, les problèmes du rythme sont les vôtres ».

BiT conception : Maguy Marin en étroite collaboration avec : Ulises Alvarez, Kaïs Chouibi, Laura Frigato, Daphné Koutsafti, Mayalen Otondo/Cathy Polo, Ennio Sammarco .

direction technique et lumières : Alexandre Béneteaud . musique : Charlie Aubry . éléments de décors et accessoires : Louise Groset Laura Pignon . réalisation des costumes : Nelly Geyres assisté de Raphaël Lo Bello . son : Antoine Garry et Loïc Goubet . régie plateau : Albin Chavignon . dispositif scénique : la compagnie Maguy Marin merci à Louise Mariotte pour son aide

BiT chorégraphie de Maguy Marin Théâtre des Abbesses, 31, rue des Abbesses, 75018. Jusqu’au 15 novembre. Dans le cadre du Festival d’automne. Rens. : www.festival-automne.com

« Au bord du monde », vertige de l’humain. Djemilove

Entre le prélude du Parsifal de Wagner invoquant la régénérescence du monde par la compassion et le final du Turandot de Puccini évoquant le retour à l’identité souveraine de ceux qui n’ont plus de nom, le film de Claus Drexel , Au bord du monde, (janvier 2014) nous plonge littéralement pendant 1H40 dans la fable d’un quart-monde vertigineux .

Posé entre la majesté picturale d’un Paris crépusculaire et nocturne sanctuarisé par l’image de Sylvain Leser, le chef opérateur et photographe, et la descente dans l’univers déchu des désormais « sans abri », un hiatus heurte les restes coupables de notre conscience de vivants qui passent sans voir la transparente mais envahissante cohorte des fantômes sans toit qui peuplent et hantent couloirs du métro, trottoirs humides et souillés, tunnels sans fin, grilles hostiles ou bancs inhospitaliers des parcs publics. Lieux d’errance et de passage qui servent de précaires écrins à une existence au bord du gouffre, livrée à l’abyme de l’aléatoire , à l’urgence de survivre un jour de plus, au froid cataleptique, à la faim taraudante.

Le cinéaste Claus Drexel et son humble équipe ont arpenté pendant un an les rues de la capitale, des avenues les plus exposées et luxueuses aux recoins les plus sinistres, à la rencontre de l’univers du dehors, sans parti-pris, sans préjugés sociologiques, sans curiosité médiatique mais avec le seul objectif de donner la parole à ceux qui se sont tus parfois depuis longtemps. Il s’agissait de s’inviter , de se faire accepter dans une démarche humaniste et de rentrer sans effraction chez ceux qui n’ont pour territoire qu’un piètre mais précieux carton à même le sol, un matelas de hasard, une grille de métro fumante dans l’aube froide, une cabane de fortune aux pieds des palaces, une dérisoire tente « Quechua » dépliée entre deux bourrasques sur un lit de feuilles mortes. Il fallait pénétrer à pas feutrés dans l’intimité des loups qui n’ont plus de dents mais dont le regard fuyant, lointain trahit l’intense humanité. Il importait de briser, par-delà les a priori , la fragile mais insondable cage de verre qui les sépare de nous.

Les plans sont fixes comme leurs yeux vides, le cadrage à hauteur d’homme à genoux et à distance suffisante pour respecter ce qui leur reste de pudeur, les questions du réalisateur sont rares, justes et jamais inquisitrices, le montage est sobre et respecte la parole paisible comme le courant de la Seine. Flot verbal logorrhéique parfois, habité et prophétique aussi, philosophique et spirituel souvent, violemment humain, si humain, toujours : la vie, la mort, la maladie, la lutte, la peur, l’absence d’amour, l’indifférence de ceux qui sont - encore - debout, l’épuisement, la révolte. La parole enfin retrouvée et libre témoigne de cet irréductible élan vital qui souffle dans leur âme de femmes et d’hommes déterminés à ne jamais abdiquer en perdant ne serait-ce que le sourire.

L’œil attentionné et patient de Claus Drexel caresse le pavé des quais de Seine, épouse les méandres du sombre fleuve qui coule comme nos larmes dans la salle obscure, sous les arcades des ponts séculaires qui l’enjambent, fugitifs symboles de fraternité brisée par la vague triomphante et triviale de l’opulence matérielle. Son regard descend sans condescendre vers ceux qui ne possèdent rien et qui pourtant partagent dans une geste épique pour leur survie : entre Wenceslas qui avoue sa lassitude de courir sans fin derrière son caddy « le marre à fond de Paris » à la recherche d’invendus au petit matin, maigre pitance qui servira aussi aux autres compagnons d’infortune, Michel l’ancien marin qui erre dans les corridors métropolitains affichant son inaltérable optimisme pour ne pas sombrer, des sacs de papier aux enseignes luxueuses pour seuls bagages, Pascal qui revendique fièrement de posséder 2 m2 au sol dans l’arrondissement le plus onéreux de Paris et Christine, transie par l’hiver précoce qui s’inquiète pour celui qui l’interpelle pour savoir s’il n’a pas trop froid, les oracles crépusculaires de Marco avouant sa fascination pour la modernité technologique tout en déplorant l’inquiétante régression de l’humain voué à un retour à la barbarie des cavernes.

Ceux qui vivent en marge du monde retrouvent dans ce film leur dignité , leur humanitude replacées au centre du cadre d’une image qui souligne les lignes de fuite, les aurores boréales et le crépuscule sépulcral de la Ville Lumière et l’horizon infini des hommes qui en ont été privés. Mais dans ce Paris de carte postale muséifié, d’une majesté architecturale presque obscène, il n’y a pas de place pour l’esthétisme tapageur et les sentiments lénifiants : l’inquiétante étrangeté urbaine d’un Chirico jouxte L’Enfer de Jérome Bosch et l’objectif de la caméra sait nous rappeler qu’à hauteur de pavé rôdent la mort comme les rats qui dérobent sous nos yeux médusés les restes d’un quignon de pain aux pieds d’un corps frémissant encore d’un semblant de vie précaire. Elle nous rappelle aussi que l’alcool et la détresse peuvent renverser les colosses aux pieds d’argile, à bout de force, à bout de lutte parce que la rue impose ses lois : le vieillissement précoce, l’usure physique et mentale, la perte des repères et la démence, la violence et le sacré réclamant leur lot de victimes propitiatoires. Jeni, He-* nri, Marco, Costel, Wenceslas, Michel , Christine , Pascal et quelques autres, désormais visibles et audibles, méritaient cette ode magistrale. Toute notre gratitude de spectateur, le souffle entrecoupé de sanglots retenus, va à Claus Drexel, démiurge tutélaire de cette fable vertigineuse du monde d’en bas qui, par le verbe et l’image, donne naissance, présence et existence à ceux qui croyaient en avoir été privés, quand bien même ils ont les pieds nus, les épaules recouvertes d’une étoffe de fortune sous la pluie, debout, hiératiques sur le pavé des songes en haut de la plus belle avenue du monde.

Yann Thomas

Au Bord du monde, est encore programmé pour une séance à Paris pour une séance suivie d’une rencontre avec le réalisateur , le mardi 18 novembre à 9H45 au « cinéma des cinéastes », 7 Avenue de Clichy, Paris XVIIème.

Un film chiant, ça vous dit ? "Interstellar" de Christopher Nola Flâner


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Rosetta : le robot Philae a atterri sur la comète « Tchouri »


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Vie et mort de VINCE TAYLOR , le" roman vrai" de Fabrice Gaignault chez Fayard

Olivier Saillard-Violeta Sanchez habillent la mode pour l’hiver !

Héritage italien Acqua di Parma

Extrait du blog d’ Alain Touraine

Je vis une expérience troublante... J’ai l’impression que mon ouvrage, La Fin des sociétés, qui sort dans quelques jours aux éditions du Seuil est mon premier livre. Les autres, tous les autres, furent des travaux préparatoires. Et le livre nouveau en annonce beaucoup d’autres mais que je n’écrirai pas parce que la mort m’en empêchera. Quelle drôle d’idée d’ailleurs de commencer à publier à 88 ans, et surtout après avoir écrit plus de quarante livres qui ont déjà fait l’objet de plus de 200 traductions, plus de vingt doctorats honoris causa, une élection dans de nombreuses académies ( Europe, Etats-Unis, Brésil, Mexique, Espagne, Chili, Argentine, Pologne etc… suite sur le blog : d’Alain Touraine

Christian Louboutin

LOUBIVILLE SE COLORE

Fou de cinéma, Christian Louboutin a très vite imaginé un cadre narratif pour raconter son histoire de beauté. Ainsi est né « Loubiville », un concept architectural plein d’espièglerie où une ville mystérieuse se colore au fil de nouvelles collections. Commencé avec les vernis Christian Louboutin, le voyage promet mille autres nouvelles découvertes.

Baskets Rick Owens

Saad-allah Wannous

Né en 1941 en Syrie. Après des études en Égypte, Saad-allah Wannous devient rédacteur dans différentes revues littéraires et politiques. Après un séjour à Paris, où il étudie le théâtre, il se consacre à cet art comme auteur dramatique cherchant construire un théâtre arabe contemporain. Puis il crée le festival d’art dramatique de Damas, et participe à la création de la revue La Vie théâtrale. Son écriture, qui ne refuse pas les influences occidentales tout en restant très proche des formes orientales, le rendra célèbre dans de nombreux pays grâce aux traductions réalisées dans une dizaine de langues. Rituel pour une métamorphose a paru en 1994 en arabe, en 1996 en français, avant son décès en 1997.

Punk - Une esthétique

Editions Rizzoli "Le mouvement punk était en soi une culture dégradable. Tous les fanzines, flyers et posters étaient fabriqués à bas prix, à la sauvette : la photocopieuse était reine, le papier de mauvaise qualité et les originaux le plus souvent égarés. Le mode de vie aléatoire des principaux acteurs du mouvement, qu’ils soient fans, musiciens, écrivains ou artistes, renforçait ce caractère éphémère. Par définition, la contre-culture n’alimente pas sa propre documentation", Johan Kugelberg.

Sous la direction de Johan Kugelberg et Jan Savage, avec les contributions de William Gibson, Linder Sterling et Gee Vaucher, Punk, une esthétique, retrace en images les origines, l’évolution et l’influence du mouvement. www.rizzoliusa.com REI KAWAKUBO STYLISTE DE COMME DES GARÇONS Dessin de l’artiste Daniel Adric pour Djemilove

"Dog Transgenre"...

Billy Boy & Lala 2006.

Marie Laure de Decker Marie Laure de Decker, oeil du demi siècle. Depuis 1972, Marie Laure parcourt la planète pour en fixer les évènements majeurs. Reporter-photographe de renom, collaboratrice de l’agence Gamma, elle parcourt le monde et témoigne en faveur des artistes. Conflits et rencontres au XXe siècle, rien n’a échappé à son objectif. Proche des artistes, elle a réalisé de très nombreux portraits : Gilles Deleuze, Pierre- Jean Jouve, Patrick Modiano, Gabriel Garcia-Marquez, Satyajit Ray, Marguerite Duras, Marguerite Yourcenar, Jacques Prévert, Orson Welles etc ...